1 Du temps des juges, il y eut une famine dans le pays. Un homme de Bethléhem de Juda partit, avec sa femme et ses deux fils, pour faire un séjour dans le pays de Moab.
2 Le nom de cet homme était Élimélec, celui de sa femme Naomi, et ses deux fils s’appelaient Machlon et Kiljon ; ils étaient Éphratiens, de Bethléhem de Juda. Arrivés au pays de Moab, ils y fixèrent leur demeure.
3 Élimélec, mari de Naomi, mourut, et elle resta avec ses deux fils.
4 Ils prirent des femmes Moabites, dont l’une se nommait Orpa, et l’autre Ruth, et ils habitèrent là environ dix ans.
5 Machlon et Kiljon moururent aussi tous les deux, et Naomi resta privée de ses deux fils et de son mari.
Note · Ruth 1.1–5
Le récit des pertes ne fournit pas leur explication morale
L’époque des juges situe l’histoire, sans lui donner une date précise dans leur succession. La famille cherche du pain hors de son pays, puis les décès sont rapportés sobrement. Le narrateur n’accuse ni Élimélek d’avoir manqué de foi ni les femmes moabites d’avoir attiré le malheur. Ces explications ne doivent pas être ajoutées pour rendre la souffrance plus facile à classer.
6 Puis elle se leva, elle et ses belles-filles, afin de quitter le pays de Moab, car elle apprit au pays de Moab que l’Éternel avait visité son peuple et lui avait donné du pain.
7 Elle sortit du lieu qu’elle habitait, accompagnée de ses deux belles-filles, et elle se mit en route pour retourner dans le pays de Juda.
8 Naomi dit alors à ses deux belles-filles : Allez, retournez chacune à la maison de sa mère ! Que l’Éternel use de bonté envers vous, comme vous l’avez fait envers ceux qui sont morts et envers moi !
9 Que l’Éternel vous fasse trouver à chacune du repos dans la maison d’un mari ! Et elle les baisa. Elles élevèrent la voix, et pleurèrent ;
10 et elles lui dirent : Non, nous irons avec toi vers ton peuple.
11 Naomi, dit : Retournez, mes filles ! Pourquoi viendriez-vous avec moi ? Ai-je encore dans mon sein des fils qui puissent devenir vos maris ?
12 Retournez, mes filles, allez ! Je suis trop vieille pour me remarier. Et quand je dirais : J’ai de l’espérance ; quand cette nuit même je serais avec un mari, et que j’enfanterais des fils,
13 attendriez-vous pour cela qu’ils eussent grandi, refuseriez-vous pour cela de vous marier ? Non, mes filles ! car à cause de vous je suis dans une grande affliction de ce que la main de l’Éternel s’est étendue contre moi.
14 Et elles élevèrent la voix, et pleurèrent encore. Orpa baisa sa belle-mère, mais Ruth s’attacha à elle.
Note · Ruth 1.6–14
Naomi reconnaît la bonté de ses deux belles-filles
Elle les bénit pour leur fidélité envers les morts et envers elle, puis les invite à retourner. Son argument sur d’éventuels fils montre l’impasse d’un avenir pensé dans les structures familiales de son temps. Orpa embrasse Naomi et suit le chemin proposé : le texte ne la condamne pas comme une femme sans amour ou sans fidélité.
15 Naomi dit à Ruth : Voici, ta belle-soeur est retournée vers son peuple et vers ses dieux ; retourne, comme ta belle-soeur.
16 Ruth répondit : Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi ! Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ;
17 où tu mourras je mourrai, et j’y serai enterrée. Que l’Éternel me traite dans toute sa rigueur, si autre chose que la mort vient à me séparer de toi !
18 Naomi, la voyant décidée à aller avec elle, cessa ses instances.
Note · Ruth 1.15–18
Ruth engage sa vie envers Naomi, son peuple et son Dieu
Sa réponse dépasse la promesse d’un trajet partagé. Demeure, appartenance, mort et sépulture disent un lien durable. Cette parole est adressée à une belle-mère, même si elle est souvent reprise lors de mariages. Son engagement libre dans le récit ne devient pas une règle obligeant toute personne à rester dans une relation dangereuse ni à renoncer à ses propres possibilités de vie.
19 Elles firent ensemble le voyage jusqu’à leur arrivée à Bethléhem. Et lorsqu’elles entrèrent dans Bethléhem, toute la ville fut émue à cause d’elles, et les femmes disaient : Est-ce là Naomi ?
20 Elle leur dit : Ne m’appelez pas Naomi ; appelez-moi Mara, car le Tout Puissant m’a remplie d’amertume.
21 J’étais dans l’abondance à mon départ, et l’Éternel me ramène les mains vides. Pourquoi m’appelleriez-vous Naomi, après que l’Éternel s’est prononcé contre moi, et que le Tout Puissant m’a affligée ?
22 Ainsi revinrent du pays de Moab Naomi et sa belle-fille, Ruth la Moabite. Elles arrivèrent à Bethléhem au commencement de la moisson des orges.
Note · Ruth 1.19–22
L’amertume est entendue avant toute résolution
Naomi demande un nom qui exprime son affliction et attribue son malheur à Dieu. C’est sa parole dans le deuil ; le narrateur ne révèle pas une faute cachée qui lui donnerait raison sur une condamnation personnelle. Ruth est pourtant à ses côtés, et la moisson commence. Ces ouvertures discrètes ne rendent ni ses pertes imaginaires ni son chagrin illégitime.