1 Naomi avait un parent de son mari. C’était un homme puissant et riche, de la famille d’Élimélec, et qui se nommait Boaz.

2 Ruth la Moabite dit à Naomi : Laisse-moi, je te prie, aller glaner des épis dans le champ de celui aux yeux duquel je trouverai grâce. Elle lui répondit : Va, ma fille.

3 Elle alla glaner dans un champ, derrière les moissonneurs. Et il se trouva par hasard que la pièce de terre appartenait à Boaz, qui était de la famille d’Élimélec.

4 Et voici, Boaz vint de Bethléhem, et il dit aux moissonneurs : Que l’Éternel soit avec vous ! Ils lui répondirent : Que l’Éternel te bénisse !

5 Et Boaz dit à son serviteur chargé de surveiller les moissonneurs : A qui est cette jeune femme ?

6 Le serviteur chargé de surveiller les moissonneurs répondit : C’est une jeune femme Moabite, qui est revenue avec Naomi du pays de Moab.

7 Elle a dit : Permettez-moi de glaner et de ramasser des épis entre les gerbes, derrière les moissonneurs. Et depuis ce matin qu’elle est venue, elle a été debout jusqu’à présent, et ne s’est reposée qu’un moment dans la maison.

Note · Ruth 2.1–7

Ruth cherche une possibilité de vivre sans connaître toute l’issue

Le lecteur apprend le lien de Boaz avec Élimélek avant que Ruth le découvre. Le narrateur présente sa venue dans ce champ sous le signe de la rencontre fortuite. La lecture croyante peut y reconnaître une providence discrète, mais le texte ne rapporte pas de consigne divine indiquant à Ruth quelle parcelle choisir. Son initiative et son travail gardent toute leur place.

8 Boaz dit à Ruth : Écoute, ma fille, ne va pas glaner dans un autre champ ; ne t’éloigne pas d’ici, et reste avec mes servantes.

9 Regarde où l’on moissonne dans le champ, et va après elles. J’ai défendu à mes serviteurs de te toucher. Et quand tu auras soif, tu iras aux vases, et tu boiras de ce que les serviteurs auront puisé.

10 Alors elle tomba sur sa face et se prosterna contre terre, et elle lui dit : Comment ai-je trouvé grâce à tes yeux, pour que tu t’intéresses à moi, à moi qui suis une étrangère ?

11 Boaz lui répondit : On m’a rapporté tout ce que tu as fait pour ta belle-mère depuis la mort de ton mari, et comment tu as quitté ton père et ta mère et le pays de ta naissance, pour aller vers un peuple que tu ne connaissais point auparavant.

12 Que l’Éternel te rende ce que tu as fait, et que ta récompense soit entière de la part de l’Éternel, le Dieu d’Israël, sous les ailes duquel tu es venue te réfugier !

13 Et elle dit : Oh ! que je trouve grâce à tes yeux, mon seigneur ! Car tu m’as consolée, et tu as parlé au coeur de ta servante. Et pourtant je ne suis pas, moi, comme l’une de tes servantes.

Note · Ruth 2.8–13

La protection doit être exercée par celui qui dispose de l’autorité

Boaz interdit aux hommes de toucher Ruth et lui ouvre l’accès à l’eau. Sa vulnérabilité d’étrangère ne doit pas être traitée comme une obligation de supporter les abus pour être admise. Lévitique 19.9-10 et Deutéronome 24.19-22 éclairent le glanage ; ici, l’autorité du propriétaire sert à rendre l’accueil concret plutôt qu’à faire dépendre la dignité de Ruth de sa seule faveur.

14 Au moment du repas, Boaz dit à Ruth : Approche, mange du pain, et trempe ton morceau dans le vinaigre. Elle s’assit à côté des moissonneurs. On lui donna du grain rôti ; elle mangea et se rassasia, et elle garda le reste.

15 Puis elle se leva pour glaner. Boaz donna cet ordre à ses serviteurs : Qu’elle glane aussi entre les gerbes, et ne l’inquiétez pas,

16 et même vous ôterez pour elle des gerbes quelques épis, que vous la laisserez glaner, sans lui faire de reproches.

Note · Ruth 2.14–16

Le repas partagé ne remplace pas l’accès aux ressources

Ruth mange avec les moissonneurs et garde une part. Boaz commande ensuite de lui laisser davantage d’épis et de ne pas la réprimander. La bonté comprend donc un accueil immédiat et des conditions permettant de rapporter de la nourriture. Elle ne se limite ni à une parole aimable ni à une aide qui obligerait la bénéficiaire à rester inactive.

17 Elle glana dans le champ jusqu’au soir, et elle battit ce qu’elle avait glané. Il y eut environ un épha d’orge.

18 Elle l’emporta et rentra dans la ville, et sa belle-mère vit ce qu’elle avait glané. Elle sortit aussi les restes de son repas, et les lui donna.

19 Sa belle-mère lui dit : Où as-tu glané aujourd’hui, et où as-tu travaillé ? Béni soit celui qui s’est intéressé à toi ! Et Ruth fit connaître à sa belle mère chez qui elle avait travaillé : L’homme chez qui j’ai travaillé aujourd’hui, dit-elle, s’appelle Boaz.

20 Naomi dit à sa belle-fille : Qu’il soit béni de l’Éternel, qui se montre miséricordieux pour les vivants comme il le fut pour ceux qui sont morts ! Cet homme est notre parent, lui dit encore Naomi, il est de ceux qui ont sur nous droit de rachat.

21 Ruth la Moabite ajouta : Il m’a dit aussi : Reste avec mes serviteurs, jusqu’à ce qu’ils aient achevé toute ma moisson.

22 Et Naomi dit à Ruth, sa belle-fille : Il est bon, ma fille, que tu sortes avec ses servantes, et qu’on ne te rencontre pas dans un autre champ.

23 Elle resta donc avec les servantes de Boaz, pour glaner, jusqu’à la fin de la moisson des orges et de la moisson du froment. Et elle demeurait avec sa belle-mère.

Note · Ruth 2.17–23

Les ressources reçues deviennent une espérance partagée

Ruth rapporte le grain et les restes du repas ; Naomi reconnaît le nom d’un parent susceptible d’exercer le rachat. Le terme désigne une responsabilité de proximité familiale, pas encore une procédure entièrement expliquée. Le séjour auprès des ouvrières se poursuit pendant deux moissons. L’avenir s’ouvre dans la durée du travail et des échanges entre les deux femmes, sans effacer leur deuil.