1 Les hommes d’Israël avaient juré à Mitspa, en disant : Aucun de nous ne donnera sa fille pour femme à un Benjamite.
2 Le peuple vint à Béthel, et il y resta devant Dieu jusqu’au soir. Ils élevèrent la voix, ils versèrent d’abondantes larmes,
3 et ils dirent : O Éternel, Dieu d’Israël, pourquoi est-il arrivé en Israël qu’il manque aujourd’hui une tribu d’Israël ?
4 Le lendemain, le peuple se leva de bon matin ; ils bâtirent là un autel, et ils offrirent des holocaustes et des sacrifices d’actions de grâces.
5 Les enfants d’Israël dirent : Quel est celui d’entre toutes les tribus d’Israël qui n’est pas monté à l’assemblée devant l’Éternel ? Car on avait fait un serment solennel contre quiconque ne monterait pas vers l’Éternel à Mitspa, on avait dit : Il sera puni de mort.
6 Les enfants d’Israël éprouvaient du repentir au sujet de Benjamin, leur frère, et ils disaient : Aujourd’hui une tribu a été retranchée d’Israël.
7 Que ferons-nous pour procurer des femmes à ceux qui ont survécu, puisque nous avons juré par l’Éternel de ne pas leur donner de nos filles pour femmes ?
Note · Juges 21.1–7
Les pleurs n’effacent pas les serments qui alimentent la crise
L’interdiction de donner une fille à Benjamin et la menace contre les absents sont des engagements pris par les hommes d’Israël. Le chapitre ne rapporte pas un ordre de Dieu exigeant ces deux paroles. Les célébrations et le deuil ne suffisent pas à rendre leur logique juste : un vœu religieux peut devenir lui-même un problème à reconnaître.
8 Ils dirent donc : Y a-t-il quelqu’un d’entre les tribus d’Israël qui ne soit pas monté vers l’Éternel à Mitspa ? Et voici, personne de Jabès en Galaad n’était venu au camp, à l’assemblée.
9 On fit le dénombrement du peuple, et il n’y avait là aucun des habitants de Jabès en Galaad.
10 Alors l’assemblée envoya contre eux douze mille soldats, en leur donnant cet ordre : Allez, et frappez du tranchant de l’épée les habitants de Jabès en Galaad, avec les femmes et les enfants.
11 Voici ce que vous ferez : vous dévouerez par interdit tout mâle et toute femme qui a connu la couche d’un homme.
12 Ils trouvèrent parmi les habitants de Jabès en Galaad quatre cents jeunes filles vierges qui n’avaient point connu d’homme en couchant avec lui, et ils les amenèrent dans le camp à Silo, qui est au pays de Canaan.
13 Toute l’assemblée envoya des messagers pour parler aux fils de Benjamin qui étaient au rocher de Rimmon, et pour leur annoncer la paix.
14 En ce temps-là, les Benjamites revinrent, et on leur donna les femmes à qui l’on avait laissé la vie parmi les femmes de Jabès en Galaad. Mais il n’y en avait pas assez pour eux.
Note · Juges 21.8–14
La paix offerte aux uns est obtenue par la violence envers d’autres
Jabès est attaquée pour son absence au rassemblement. Les jeunes filles épargnées sont transférées puis données aux survivants de Benjamin. Le vocabulaire d’une réconciliation entre groupes ne rend pas leur situation libre : le texte ne raconte ni leur consentement ni une réparation de la destruction de leurs proches.
15 Le peuple éprouvait du repentir au sujet de Benjamin, car l’Éternel avait fait une brèche dans les tribus d’Israël.
16 Les anciens de l’assemblée dirent : Que ferons-nous pour procurer des femmes à ceux qui restent, puisque les femmes de Benjamin ont été détruites ?
17 Et ils dirent : Que les réchappés de Benjamin conservent leur héritage, afin qu’une tribu ne soit pas effacée d’Israël.
18 Mais nous ne pouvons pas leur donner de nos filles pour femmes, car les enfants d’Israël ont juré, en disant : Maudit soit celui qui donnera une femme à un Benjamite !
19 Et ils dirent : Voici, il y a chaque année une fête de l’Éternel à Silo, qui est au nord de Béthel, à l’orient de la route qui monte de Béthel, à Sichem, et au midi de Lebona.
20 Puis ils donnèrent cet ordre aux fils de Benjamin : Allez, et placez-vous en embuscade dans les vignes.
21 Vous regarderez, et voici, lorsque les filles de Silo sortiront pour danser, vous sortirez des vignes, vous enlèverez chacun une des filles de Silo pour en faire votre femme, et vous vous en irez dans le pays de Benjamin.
22 Si leurs pères ou leurs frères viennent se plaindre auprès de nous, nous leur dirons : Accordez-les-nous, car nous n’avons pas pris une femme pour chacun dans la guerre. Ce n’est pas vous qui les leur avez données ; en ce cas, vous seriez coupables.
23 Ainsi firent les fils de Benjamin ; ils prirent des femmes selon leur nombre parmi les danseuses qu’ils enlevèrent, puis ils partirent et retournèrent dans leur héritage ; ils rebâtirent les villes, et y habitèrent.
Note · Juges 21.15–23
Contourner la lettre du serment ne rétablit pas la justice
Les anciens organisent l’enlèvement pendant la fête et préparent la réponse aux familles : elles n’auront pas donné leurs filles. Cette distinction sauve les apparences de l’engagement tout en livrant les femmes. La mention de la fête de Dieu ne sanctifie pas ce plan. Le mariage obtenu par capture reste une contrainte, même si des responsables le présentent comme une solution.
24 Et dans le même temps les enfants d’Israël s’en allèrent de là chacun dans sa tribu et dans sa famille, ils retournèrent chacun dans son héritage.
25 En ce temps-là, il n’y avait point de roi en Israël. Chacun faisait ce qui lui semblait bon.
Note · Juges 21.24–25
Le retour chez soi ne constitue pas à lui seul une fin heureuse
Chacun rejoint sa tribu et son héritage, mais aucune parole des femmes enlevées n’est entendue. La dernière phrase juge une manière d’agir selon son propre regard. L’ensemble biblique critiquera aussi les rois injustes : le besoin d’une autorité responsable ne donne pas à un dirigeant le droit de devenir la mesure du bien et du mal.