1 Or, Dina, la fille que Léa avait enfantée à Jacob, sortit pour voir les filles du pays.

2 Et Sichem, fils de Hémor, le Hévien, prince du pays, la vit, et l’enleva, et coucha avec elle, et lui fit violence.

3 Et son âme s’attacha à Dina, fille de Jacob, et il aima la jeune fille, et parla au cœur de la jeune fille.

4 Et Sichem parla à Hémor, son père, et lui dit : Donne-moi cette jeune fille pour femme.

5 Or, Jacob apprit qu’il avait déshonoré Dina sa fille ; mais ses fils étaient aux champs avec son bétail, et Jacob se tut jusqu’à leur retour.

6 Cependant Hémor, père de Sichem, sortit vers Jacob pour lui parler.

7 Et les fils de Jacob revinrent des champs dès qu’ils apprirent la chose ; et ces hommes furent affligés et fort irrités de l’infamie que Sichem avait commise en Israël, en couchant avec la fille de Jacob, ce qui ne devait point se faire.

Note · Genèse 34.1–7

L’affection ultérieure n’efface pas la violence

Le récit décrit l’acte commis contre Dina avant l’attachement de Sichem. Son désir de l’épouser ne peut être utilisé pour rendre l’agression acceptable. Le fait qu’elle soit sortie rencontrer les femmes du pays ne lui attribue aucune responsabilité dans ce qu’elle subit.

8 Et Hémor leur parla, en disant : L’âme de Sichem, mon fils, s’est attachée à votre fille ; donnez-la-lui, je vous prie, pour femme.

9 Et alliez-vous avec nous ; vous nous donnerez vos filles, et vous prendrez nos filles pour vous.

10 Et vous habiterez avec nous ; et le pays sera à votre disposition : demeurez-y et y trafiquez, et acquérez-y des propriétés.

11 Et Sichem dit au père et aux frères de la jeune fille : Que je trouve grâce à vos yeux ; et je donnerai ce que vous me direz.

12 Imposez-moi un grand douaire, et de grands présents, et je les donnerai comme vous me direz ; mais donnez-moi la jeune fille pour femme.

13 Alors les fils de Jacob répondirent avec ruse à Sichem et à Hémor, son père ; ils parlèrent ainsi, parce qu’il avait déshonoré Dina leur sœur.

14 Ils leur dirent : C’est une chose que nous ne pouvons faire que de donner notre sœur à un homme incirconcis ; car ce nous serait un opprobre.

15 Nous ne consentirons à ce que vous demandez que si vous devenez semblables à nous, en circoncisant tous les mâles parmi vous.

16 Alors nous vous donnerons nos filles, et nous prendrons vos filles pour nous ; et nous habiterons avec vous, et nous ne serons plus qu’un peuple.

17 Mais, si vous ne voulez pas nous écouter et vous circoncire, nous prendrons notre fille, et nous nous en irons.

18 Et leurs discours plurent à Hémor et à Sichem, fils de Hémor.

19 Et le jeune homme ne différa point de faire la chose ; car la fille de Jacob lui plaisait. Or il était le plus considéré de toute la maison de son père.

20 Hémor et Sichem, son fils, vinrent donc à la porte de leur ville, et parlèrent aux gens de leur ville, en disant :

21 Ces gens-ci sont paisibles à notre égard ; qu’ils habitent au pays, et qu’ils y trafiquent. Et voici, le pays est assez étendu pour eux ; nous prendrons leurs filles pour femmes, et nous leur donnerons nos filles.

22 Mais ils ne consentiront à habiter avec nous, pour n’être qu’un seul peuple, que si tout mâle parmi nous est circoncis, comme ils sont eux-mêmes circoncis.

23 Leur bétail, et leurs biens, et toutes leurs bêtes, ne seront-ils pas à nous ? Accordons-leur seulement cela, et qu’ils demeurent avec nous.

24 Et tous ceux qui sortaient par la porte de leur ville, obéirent à Hémor et à Sichem son fils, et tout mâle qui sortait par la porte de leur ville, fut circoncis.

Note · Genèse 34.8–24

Un signe d’alliance détourné en piège

Les propositions de mariage et d’installation s’accompagnent d’intérêts matériels. Les fils de Jacob utilisent la circoncision comme condition trompeuse. Un signe religieux devient ainsi le moyen de rendre les hommes vulnérables. Le récit montre ce détournement sans l’approuver.

25 Et il arriva au troisième jour, lorsqu’ils étaient souffrants, que deux des fils de Jacob, Siméon et Lévi, frères de Dina, prirent chacun leur épée, se jetèrent sur la ville en sécurité, et tuèrent tous les mâles.

26 Ils passèrent au tranchant de l’épée Hémor et Sichem, son fils ; et ils prirent Dina de la maison de Sichem, et ils sortirent.

27 Les fils de Jacob se jetèrent sur les blessés et pillèrent la ville, parce qu’on avait déshonoré leur sœur.

28 Et ils prirent leurs troupeaux, leurs bœufs et leurs ânes, ce qui était dans la ville et aux champs ;

29 Ils emmenèrent et pillèrent tous leurs biens, et tous leurs petits enfants, et leurs femmes, et tout ce qui était dans les maisons.

Note · Genèse 34.25–29

Une riposte qui atteint toute une ville

Siméon et Lévi tuent les hommes, puis le pillage emporte biens, femmes et enfants. La défense de Dina ne supprime pas la responsabilité envers ces nouvelles victimes. Le texte n’accorde pas un droit général de punition collective à ceux dont un proche a été agressé.

30 Alors Jacob dit à Siméon et à Lévi : Vous m’avez troublé, en me mettant en mauvaise odeur parmi les habitants du pays, parmi les Cananéens et les Phéréziens. Et moi, je n’ai qu’un petit nombre d’hommes ; ils s’assembleront contre moi, et me frapperont, et je serai détruit, moi et ma maison.

31 Et ils répondirent : Doit-on traiter notre sœur comme une prostituée ?

Note · Genèse 34.30–31

Une dernière parole qui ne résout pas la justice

Jacob dénonce surtout le danger dans lequel ses fils ont placé la maison. Leur réponse insiste sur l’honneur de leur sœur. Ces deux prises de parole ne suffisent pas à rendre justice à Dina ni aux victimes du massacre. Le malaise final doit être entendu, plutôt que refermé par une justification commode.