1 Et la parole de l’Éternel vint à Jonas, fils d’Amitthaï, disant :
2 Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle, car leur méchanceté est montée devant moi.
3 Et Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, de devant la face de l’Éternel ; et il descendit à Joppé et trouva un navire allant à Tarsis ; et ayant donné le prix de sa place, il y descendit pour aller avec eux à Tarsis, de devant la face de l’Éternel.
Note · Jonas 1.1–3
Une fuite dont le motif reste à découvrir
Dieu demande à Jonas de se rendre à Ninive pour dénoncer le mal qui s’y commet. Jonas prend la direction de Tarsis. Le narrateur rapporte sa décision sans expliquer immédiatement ce qui la motive.
Le chapitre ne dit pas que Jonas manque d’assurance ou qu’il craint pour sa sécurité. Lui attribuer ces sentiments reviendrait à compléter le récit avec nos suppositions. Son explication apparaîtra en Jonas 4.2. Pour l’instant, il a compris où il devait aller et organise un voyage ailleurs.
4 Et l’Éternel envoya un grand vent sur la mer ; et il y eut une grande tempête sur la mer, de sorte que le navire semblait vouloir se briser.
5 Et les marins eurent peur et crièrent chacun à son dieu ; et ils jetèrent dans la mer les objets qui étaient dans le navire, pour l’en alléger. Et Jonas était descendu au fond du vaisseau et s’était couché, et dormait profondément.
6 Et le maître des rameurs s’approcha de lui, et lui dit : Que fais-tu, dormeur ? Lève-toi, crie à ton Dieu ! Peut-être Dieu pensera-t-il à nous, et nous ne périrons pas.
Note · Jonas 1.4–6
Sur le bateau, des réactions opposées
La tempête place tous les voyageurs devant un même danger. Les marins cherchent à préserver le navire et appellent leurs dieux au secours. Jonas dort à l’intérieur du bateau.
Le capitaine doit venir le chercher et lui demander de prier. Celui qui a reçu une parole de Dieu reste à l’écart, tandis que les autres prennent des initiatives. Le sommeil souligne son retrait, mais le texte ne permet pas d’en déterminer précisément la cause.
7 Et ils se dirent l’un à l’autre : Venez, jetons le sort, afin que nous sachions à cause de qui ce malheur nous arrive. Et ils jetèrent le sort, et le sort tomba sur Jonas.
8 Et ils lui dirent : Déclare-nous à cause de qui ce mal nous est arrivé ? Quelle est ton occupation ? et d’où viens-tu ? Quel est ton pays, et de quel peuple es-tu ?
9 Et il leur dit : Je suis Hébreu, et je crains l’Éternel, le Dieu des cieux, qui a fait la mer et la terre.
10 Et les hommes eurent une grande frayeur, et ils lui dirent : Qu’est-ce que tu as fait ? Car les hommes savaient qu’il s’enfuyait de devant la face de l’Éternel, car il le leur avait déclaré.
Note · Jonas 1.7–10
Une confession qui interroge la conduite
Jonas affirme sa foi au Dieu créateur de la mer et de la terre. Il voyage pourtant sur cette même mer pour échapper à sa mission.
Le passage invite à distinguer la justesse d’une affirmation religieuse de la fidélité de celui qui la prononce. Jonas sait dire en qui il croit. Il lui reste à accorder sa conduite à cette foi.
11 Et ils lui dirent : Que te ferons-nous, afin que la mer s’apaise pour nous ? car la mer allait grossissant toujours.
12 Et il leur dit : Prenez-moi et jetez-moi à la mer, et la mer s’apaisera pour vous ; car je sais que c’est à cause de moi que cette grosse tempête est venue sur vous.
13 Mais les hommes ramèrent pour regagner la terre ; et ils ne purent pas, car la mer allait toujours grossissant contre eux.
14 Et ils crièrent à l’Éternel, et dirent : Ah, Éternel ! que nous ne périssions pas, nous t’en prions, à cause de la vie de cet homme ; et ne mets pas sur nous du sang innocent ; car toi, Éternel, tu as fait comme il t’a plu.
15 Et ils prirent Jonas et le jetèrent à la mer ; et la fureur de la mer s’arrêta.
Note · Jonas 1.11–15
Reconnaître sa responsabilité : jusqu’où ?
Jonas reconnaît que sa fuite est liée au danger et demande aux marins de le jeter à la mer. Ils tentent d’abord de regagner la terre pour préserver sa vie.
Jonas accepte d’assumer une conséquence de sa conduite. Mais le récit ne dit pas encore qu’il consent à sa mission. Reconnaître sa faute et accepter de changer de direction constituent deux étapes différentes.
La tempête est ici rattachée à la fuite du prophète. Cela ne nous autorise pas à expliquer les catastrophes ou les souffrances d’autrui en leur attribuant une faute cachée.
16 Et les hommes craignirent beaucoup l’Éternel, et offrirent un sacrifice à l’Éternel, et firent des voeux.
Note · Jonas 1.16
Les marins au terme de l’épreuve
Le retour au calme conduit les marins à honorer le Seigneur. Leur parcours occupe une place importante dans le chapitre : ils ont affronté le danger, interrogé Jonas, tenté de le sauver, puis adressé leur prière à Dieu.
Le prophète n’est donc pas le seul personnage dont la relation à Dieu compte. Les hommes rencontrés pendant sa fuite ont leurs questions, leurs décisions et leur réponse propre. Une lecture attentive leur laisse cette place, au lieu de les réduire à des instruments dans l’histoire de Jonas.