1 Et Jacob leva ses yeux, et regarda ; et voici, Ésaü venait, et quatre cents hommes avec lui. Et il partagea les enfants entre Léa et Rachel et les deux servantes.
2 Et il mit à la tête les servantes et leurs enfants, et puis Léa et ses enfants, et puis Rachel et Joseph.
3 Et il passa devant eux, et se prosterna en terre par sept fois, jusqu’à ce qu’il fût proche de son frère.
4 Et Ésaü courut à sa rencontre, et l’embrassa, et se jeta à son cou, et le baisa ; et ils pleurèrent.
5 Et il leva ses yeux, et vit les femmes et les enfants, et dit : Que te sont-ils, ceux-là ? Et il dit : Ce sont les enfants que Dieu a donnés à ton serviteur.
6 Et les servantes s’approchèrent, elles et leurs enfants, et se prosternèrent.
7 Et Léa aussi s’approcha avec ses enfants, et ils se prosternèrent ; et ensuite Joseph et Rachel s’approchèrent, et se prosternèrent.
Note · Genèse 33.1–7
Le frère craint devient celui qui accueille
La disposition de la famille révèle encore les préférences de Jacob. Ésaü répond cependant par un geste d’affection. Le lecteur découvre que l’homme redouté ne se résume pas à la colère qu’il avait exprimée auparavant. Une histoire conflictuelle ne détermine pas nécessairement tous les actes à venir.
8 Et il dit : Que veux-tu avec tout ce camp que j’ai rencontré ? Et il dit : C’est pour trouver grâce aux yeux de mon seigneur.
9 Et Ésaü dit : J’ai de tout en abondance, mon frère ; que ce qui est à toi soit à toi.
10 Et Jacob dit : Non, je te prie ; si j’ai trouvé grâce à tes yeux, prends mon présent de ma main, car c’est pour cela que j’ai vu ta face comme si j’avais vu la face de Dieu, et que tu m’as accueilli favorablement.
11 Prends, je te prie, mon présent, qui t’a été amené ; car Dieu a usé de grâce envers moi, et j’ai de tout. Et il le pressa, et il le prit.
Note · Genèse 33.8–11
Donner et accepter
Jacob insiste pour qu’Ésaü reçoive son présent. Son langage de grâce et de bénédiction donne au don une portée relationnelle. L’accueil du présent ne constitue toutefois pas un achat du pardon : la réconciliation a déjà été manifestée par le geste d’Ésaü avant cette discussion.
12 Et Ésaü dit : Partons et allons-nous-en, et je marcherai devant toi.
13 Et Jacob lui dit : Mon seigneur sait que les enfants sont délicats, et que je suis chargé de menu et de gros bétail qui allaite ; et si on les presse un seul jour, ils mourront, — tout le troupeau.
14 Que mon seigneur, je te prie, passe devant son serviteur ; et moi je cheminerai tout doucement au pas de ce bétail, qui est devant moi, et au pas des enfants, jusqu’à ce que j’arrive auprès de mon seigneur, à Séhir.
15 Et Ésaü dit : Je te prie, que je laisse avec toi quelques-uns des gens qui sont avec moi. Et il dit : Pourquoi cela ? Que je trouve grâce aux yeux de mon seigneur !
16 Et Ésaü s’en retourna ce jour-là, par son chemin, à Séhir.
17 Et Jacob s’en alla à Succoth, et bâtit une maison pour lui, et fit des cabanes pour son bétail : c’est pourquoi on appela le nom du lieu Succoth.
Note · Genèse 33.12–17
Des routes désormais distinctes
Jacob invoque le rythme des enfants et des troupeaux pour ne pas suivre la marche d’Ésaü. Il s’établit ensuite ailleurs. Le narrateur ne développe pas tous ses motifs. Cette réserve invite à ne pas idéaliser trop vite chaque parole prononcée au cours d’une réconciliation encore fragile.
18 Et Jacob arriva en paix à la ville de Sichem, qui est dans le pays de Canaan, comme il venait de Paddan-Aram ; et il campa en face de la ville.
19 Et il acheta de la main des fils de Hamor, père de Sichem, pour cent kesitas, la portion du champ où il avait dressé sa tente ;
20 et il dressa là un autel et l’appela El-Élohé-Israël.
Note · Genèse 33.18–20
Une installation et une reconnaissance
L’acquisition d’un terrain et l’autel donnent une forme concrète à l’arrivée de Jacob. La relation à Dieu accompagne une installation obtenue par achat. Le chapitre suivant montrera que vivre sur place ne garantit pas encore des rapports justes entre la famille de Jacob et ses voisins.