1 Et Jacob alla son chemin. Et les anges de Dieu le rencontrèrent ;
2 et Jacob dit, quand il les vit : C’est l’armée de Dieu. Et il appela le nom de ce lieu-là Mahanaïm.
3 Et Jacob envoya devant lui des messagers à Ésaü, son frère, au pays de Séhir, dans la campagne d’Édom ;
4 et il leur commanda, disant : Vous parlerez ainsi à mon seigneur Ésaü : Ainsi a dit ton serviteur Jacob : J’ai séjourné chez Laban, et m’y suis arrêté jusqu’à présent ;
5 et j’ai des boeufs, et des ânes, du menu bétail, et des serviteurs et des servantes ; et je l’ai envoyé annoncer à mon seigneur, afin de trouver grâce à tes yeux.
6 Et les messagers revinrent vers Jacob, disant : Nous sommes allés vers ton frère, vers Ésaü, et même il vient à ta rencontre, et quatre cents hommes avec lui.
7 Et Jacob craignit beaucoup, et fut dans l’angoisse ; et il partagea le peuple qui était avec lui, et le menu bétail et le gros bétail, et les chameaux, en deux bandes ;
8 et il dit : Si Ésaü vient à l’une des bandes et la frappe, la bande qui restera pourra échapper.
Note · Genèse 32.1–8
La peur n’est pas effacée par les signes reçus
La rencontre des messagers de Dieu précède la nouvelle de l’arrivée d’Ésaü avec de nombreux hommes. Jacob répond par une stratégie de protection. Le texte ne permet pas encore de savoir si son frère vient pour l’attaquer. La crainte de Jacob et l’intention réelle d’Ésaü ne doivent pas être confondues.
9 Et Jacob dit : Dieu de mon père Abraham, et Dieu de mon père Isaac ! Éternel, qui m’as dit : Retourne en ton pays et vers ta parenté, et je te ferai du bien !
10 Je suis trop petit pour toutes les grâces et pour toute la vérité dont tu as usé envers ton serviteur ; car j’ai passé ce Jourdain avec mon bâton ; et maintenant je suis devenu deux bandes.
11 Délivre-moi, je te prie, de la main de mon frère, de la main d’Ésaü, car je le crains, de peur qu’il ne vienne et ne me frappe, — la mère avec les fils.
12 Et toi, tu as dit : Certes, je te ferai du bien, et je ferai devenir ta semence comme le sable de la mer, qui ne se peut nombrer à cause de son abondance.
13 Et il passa là cette nuit ; et il prit, de ce qui vint sous la main, un présent pour Ésaü, son frère :
14 deux cents chèvres, et vingt boucs ; deux cents brebis, et vingt béliers ;
15 trente chamelles allaitantes, et leurs petits ; quarante vaches, et dix taureaux ; vingt ânesses, et dix ânons.
16 Et il les mit entre les mains de ses serviteurs, chaque troupeau à part, et il dit à ses serviteurs : Passez devant moi, et mettez de l’espace entre troupeau et troupeau.
17 Et il commanda au premier, disant : Quand Ésaü, mon frère, te rencontrera, et t’interrogera, disant : A qui es-tu ? et où vas-tu ? et à qui sont ces troupeaux devant toi ? tu diras :
18 A ton serviteur Jacob ; c’est un présent envoyé à mon seigneur Ésaü ; et voici ; lui-même aussi vient après nous.
19 Et il commanda de même au second, de même au troisième, de même à tous ceux qui suivaient les troupeaux, disant : Selon cette parole vous parlerez à Ésaü, quand vous le trouverez ;
20 et vous direz aussi : Voici, ton serviteur Jacob vient après nous. Car il disait : Je l’apaiserai par le présent qui va devant moi, et après cela je verrai sa face ; peut-être qu’il m’accueillera favorablement.
21 Et le présent passa devant lui ; mais, pour lui, il passa cette nuit-là dans le camp.
Note · Genèse 32.9–21
Prier et préparer la rencontre
Jacob rappelle la parole reçue et reconnaît qu’il ne mérite pas les bienfaits dont il a bénéficié. Il cherche aussi à apaiser son frère par des dons. La prière ne rend pas les démarches de paix inutiles ; celles-ci ne lui assurent pourtant pas la maîtrise de la réponse d’autrui.
22 Et il se leva cette nuit-là, et prit ses deux femmes, et ses deux servantes, et ses onze enfants, et passa le gué de Jabbok.
23 Il les prit, et leur fit passer le torrent ; et il fit passer ce qui était à lui.
24 Et Jacob resta seul ; et un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.
25 Et lorsqu’il vit qu’il ne prévalait pas sur lui, il toucha l’emboîture de sa hanche ; et l’emboîture de la hanche de Jacob fut luxée, comme il luttait avec lui.
26 Et il dit : Laisse-moi aller, car l’aurore se lève. Et il dit : Je ne te laisserai point aller sans que tu m’aies béni.
27 Et il lui dit : Quel est ton nom ? Et il dit : Jacob.
28 Et il dit : Ton nom ne sera plus appelé Jacob, mais Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes, et tu as prévalu.
29 Et Jacob demanda, et dit : Je te prie, déclare-moi ton nom. Et il dit : Pourquoi demandes-tu mon nom ?
Note · Genèse 32.22–29
Une lutte qui n’offre pas une méthode de puissance
Le personnage est d’abord présenté comme un homme, puis la rencontre est interprétée dans sa relation à Dieu. Jacob demande une bénédiction et reçoit un nom nouveau. Ce passage ne garantit pas qu’une prière suffisamment combative obligerait Dieu à céder à toute demande humaine.
30 Et il le bénit là. Et Jacob appela le nom du lieu Peniel : Car j’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été délivrée.
31 Et le soleil se levait sur lui comme il passait Peniel ; et il boitait sur sa cuisse.
32 C’est pourquoi, jusqu’à ce jour, les fils d’Israël ne mangent point du tendon qui est sur l’emboîture de la hanche ; car il toucha l’emboîture de la hanche de Jacob sur le tendon.
Note · Genèse 32.30–32
La bénédiction n’efface pas la blessure
Jacob nomme le lieu en mémoire de la rencontre et poursuit sa route en boitant. Il ne ressort pas invulnérable de cette nuit. La mention de la pratique alimentaire rattache l’expérience du personnage à la mémoire d’Israël, sans inviter à chercher une explication spirituelle certaine à chaque handicap.