1 Alors Josué réunit les hommes de Ruben, de Gad et de la demi-tribu de Manassé

2 et leur dit : Vous avez fait tout ce que Moïse, serviteur de l’Eternel, vous a ordonné et vous avez obéi à tout ce que je vous ai commandé.

3 Durant toutes ces années jusqu’à ce jour, vous n’avez pas abandonné vos compatriotes et vous avez obéi fidèlement à l’ordre que l’Eternel vous avait donné.

4 Maintenant, l’Eternel votre Dieu a accordé à vos compatriotes une existence paisible dans le pays, comme il le leur avait promis. Vous pouvez donc maintenant partir et rentrer dans le pays qui vous appartient et que Moïse, serviteur de l’Eternel, vous a donné en propriété de l’autre côté du Jourdain.

5 Seulement, veillez bien à appliquer le commandement et la Loi que Moïse, serviteur de l’Eternel, vous a transmis : aimez l’Eternel, votre Dieu ! Suivez tous les chemins qu’il a prescrits pour vous, obéissez à ses commandements, attachez-vous à lui et servez-le de tout votre cœur et de tout votre être !

6 Puis Josué les bénit et les renvoya, et ils rentrèrent chez eux.

7 Moïse avait donné un territoire dans le Basan à la moitié de la tribu de Manassé. L’autre moitié fut installée par Josué à l’ouest du Jourdain avec leurs compatriotes israélites. Lorsque Josué les renvoya chez eux, il leur donna sa bénédiction

8 et ajouta : Vous vous en retournez chez vous avec de grandes richesses, avec des troupeaux très nombreux, avec une quantité considérable d’argent, d’or, de bronze et de fer, ainsi que des vêtements en abondance. Vous partagerez ce butin pris sur vos ennemis avec vos compatriotes.

9 Les descendants de Ruben, de Gad et la demi-tribu de Manassé partirent donc et quittèrent les autres Israélites à Silo dans le pays de Canaan pour retourner au pays de Galaad, le territoire que Moïse leur avait donné en propriété sur l’ordre de l’Eternel.

Note · Josué 22.1–9

Rentrer chez soi ne met pas fin à l’alliance commune

Josué reconnaît la fidélité des tribus et les renvoie avec une bénédiction. Le partage du butin accompagne le retour ; l’appel à aimer et servir Dieu demeure. Leur présence durable à l’est ne les rend pas moins membres du peuple, même si le lieu central du culte se trouve sur l’autre rive.

10 Lorsqu’ils arrivèrent à Gueliloth aux environs du Jourdain qui se trouve dans le pays de Canaan, ils érigèrent là un autel monumental au bord du fleuve.

11 La nouvelle en parvint aux autres Israélites car on racontait : Voilà que les hommes de Ruben, de Gad et de la demi-tribu de Manassé ont construit un autel face au pays de Canaan près de Gueliloth sur les bords du Jourdain, du côté des Israélites.

12 Dès que les Israélites l’apprirent, ils se rassemblèrent tous à Silo, pour aller attaquer les hommes des tribus transjordaniennes.

13 Ils envoyèrent aux hommes des tribus de Ruben, de Gad et de la demi-tribu de Manassé en Galaad, Phinéas, fils du prêtre Eléazar,

14 dix responsables, chefs de groupe familial parmi les familles d’Israël, un par tribu.

15 Ils se rendirent auprès des hommes de Ruben, de Gad et de la demi-tribu de Manassé en Galaad et leur parlèrent en ces termes :

16 Voici ce que vous fait dire toute la communauté de l’Eternel : « Pourquoi vous révoltez-vous contre le Dieu d’Israël ? Pourquoi vous détournez-vous maintenant de l’Eternel ? Car, en construisant un autel pour vous-mêmes, vous vous révoltez contre lui.

17 Nous avons déjà commis une faute grave à Peor, et nous n’en sommes pas encore purifiés à ce jour, malgré le fléau qui nous a tous frappés. Cela ne suffit-il pas ?

18 Faut-il donc maintenant que vous vous détourniez de l’Eternel ? Si, aujourd’hui, vous vous révoltez contre lui, demain, il s’irritera contre toute l’assemblée d’Israël.

19 Si le pays qui vous a été donné en propriété vous paraît impur, venez donc dans le territoire qui appartient à l’Eternel, et où il a établi sa demeure, et installez-vous au milieu de nous ; mais ne vous révoltez pas contre l’Eternel et ne vous opposez pas à nous en vous construisant un autel rival de celui de l’Eternel notre Dieu !

20 Lorsque Akân, fils de Zérah, a commis une faute grave en dérobant un objet voué à l’Eternel, tout le peuple d’Israël a subi le contrecoup de la colère divine. Il n’a pas été le seul à périr à cause de sa faute. »

Note · Josué 22.10–20

Le souvenir des crises peut nourrir une accusation trop rapide

L’autel visible est interprété comme un acte de rébellion. Phinéès et les chefs rappellent Péor et Acan, redoutant une conséquence collective. Ils proposent aussi d’accueillir les tribus dans leur propre territoire. La démarche porte une préoccupation réelle d’unité, mais l’accusation précède encore la connaissance de la fonction voulue de l’objet.

21 Les hommes de Ruben, de Gad et de la demi-tribu de Manassé répondirent aux responsables d’Israël :

22 Le Dieu suprême, l’Eternel, oui, le Dieu suprême, l’Eternel sait ce qu’il en est ; qu’Israël aussi le sache. Si c’est pour nous révolter et être infidèles à l’Eternel que nous avons construit cet autel, alors qu’il ne nous épargne pas.

23 Si c’est pour nous détourner de l’Eternel que nous l’avons érigé, pour y offrir des holocaustes et des offrandes ou des sacrifices de communion, que l’Eternel lui-même nous en demande compte.

24 Mais ce n’est pas le cas ! Nous l’avons fait parce que nous avions peur qu’un jour vos descendants ne disent aux nôtres : « Qu’avez-vous à faire avec l’Eternel, le Dieu d’Israël ?

25 N’a-t-il pas lui-même placé le Jourdain comme frontière entre nous et vous, descendants de Ruben et de Gad ? Vous n’avez donc rien à faire avec lui ! » Ainsi vos descendants pourraient empêcher les nôtres de craindre l’Eternel.

26 C’est alors que nous avons pensé à construire cet autel, non pour y offrir des holocaustes et des sacrifices,

27 mais pour servir de témoin entre nous et vous, et pour les générations qui nous succéderont, attestant que nous aussi nous rendons notre culte à l’Eternel devant lui, par nos holocaustes, nos sacrifices de communion et nos autres sacrifices. Nous voulions éviter qu’un jour vos descendants ne disent aux nôtres : « Vous n’avez rien à faire avec l’Eternel ! »

28 Nous nous sommes dit : S’ils venaient un jour à parler ainsi, à nous ou à nos descendants, nous pourrons leur répondre : Regardez l’autel que nos ancêtres ont construit et qui est une réplique de l’autel de l’Eternel. Ils l’ont fait non pour y offrir des holocaustes et des sacrifices, mais pour servir de témoin entre nous et vous !

29 Ainsi nous n’avons jamais eu l’idée de nous révolter contre l’Eternel et d’abandonner son culte en érigeant un autel servant à offrir des holocaustes, des offrandes et autres sacrifices, un autel rival de l’autel de l’Eternel notre Dieu qui est dressé devant son tabernacle.

Note · Josué 22.21–29

La peur de l’exclusion est formulée avant qu’elle ne devienne un conflit hérité

Les tribus expliquent que l’autel ne servira pas aux sacrifices : il doit témoigner pour leurs descendants d’une appartenance que le fleuve pourrait faire contester. Leurs enfants sont au cœur de la réponse. Le récit distingue ainsi ressemblance matérielle et usage réel ; un signe religieux doit être interprété avec l’intention et la pratique de ceux qui le portent.

30 Lorsque le prêtre Phinéas, les responsables et les chefs des familles d’Israël eurent entendu les explications des hommes de Ruben, de Gad et de Manassé, ils furent satisfaits.

31 Phinéas, le fils du prêtre Eléazar, leur dit : Aujourd’hui nous reconnaissons que l’Eternel est au milieu de nous, puisque vous ne vous êtes pas révoltés contre lui. Vous avez préservé les Israélites d’une intervention de l’Eternel.

32 Après cela, Phinéas, le fils du prêtre Eléazar, et les responsables de tous les hommes de Ruben et de Gad revinrent de Galaad en terre de Canaan, auprès des autres Israélites, et leur rendirent compte de ce qui s’était passé.

33 Les Israélites furent satisfaits et ils bénirent Dieu. Plus personne ne parla de partir en guerre contre les descendants de Ruben et de Gad pour dévaster leur pays.

34 Ceux-ci appelèrent l’autel qu’ils avaient construit : Ed (Témoin) en disant : Il est témoin entre nous que l’Eternel seul est Dieu.

Note · Josué 22.30–34

Reconnaître son erreur d’interprétation permet de renoncer à la guerre

La délégation accepte l’explication et rapporte des paroles qui satisfont l’assemblée. La préparation militaire ne devient pas un engagement impossible à interrompre. Le lecteur peut y entendre un appel à l’écoute entre communautés chrétiennes, sans faire de cet épisode une équivalence automatique entre leurs pratiques ni prétendre que tout désaccord doctrinal serait seulement un malentendu.