1 Quelque temps après, lors de la moisson des blés, Samson rendit visite à sa femme et lui apporta un jeune chevreau. Il déclara : Je veux aller auprès de ma femme dans sa chambre. Mais son beau-père ne le laissa pas y aller.
2 J’étais persuadé, lui dit-il, que tu l’avais prise en haine, alors je l’ai donnée à ton garçon d’honneur. Est-ce que sa jeune sœur n’est pas plus charmante qu’elle ? Prends-la donc à sa place.
3 Samson répliqua : Cette fois-ci, on ne pourra pas me reprocher le mal que je vais faire aux Philistins.
4 Là-dessus, il s’en alla et attrapa trois cents chacals. Après quoi, il prit des torches, attacha les animaux deux par deux par leurs queues en fixant une torche entre chaque paire de queues.
5 Puis il alluma les torches et lâcha les chacals dans les blés mûrs des Philistins. Le feu ravagea les blés en meule aussi bien que ceux sur pied, et jusqu’aux vignes et aux oliviers.
6 Les Philistins demandèrent : Qui a fait cela ? On leur répondit : C’est Samson, le gendre d’un homme de Timna, parce que celui-ci lui a repris sa femme et l’a donnée à son garçon d’honneur. Alors les Philistins allèrent brûler vifs la femme et son père.
7 Samson leur dit : Puisque c’est ainsi que vous agissez, je n’aurai de cesse jusqu’à ce que je me sois vengé sur vous !
8 Là-dessus, il les battit à plate couture et leur infligea une grande défaite. Puis il partit vivre dans la caverne du rocher d’Etam.
Note · Juges 15.1–8
La femme ne doit pas disparaître derrière la querelle des hommes
Son père propose sa sœur comme substitut, puis Samson incendie les ressources agricoles à l’aide d’animaux attachés. Les Philistins brûlent ensuite la femme et son père : la menace du chapitre précédent se réalise. Le texte ne donne pas à ces violences le caractère d’une justice mesurée, et la mort de la femme ne doit pas être traitée comme un simple ressort d’aventure.
9 Les Philistins pénétrèrent dans le territoire de Juda, et y installèrent leur camp, et ils se répandirent dans la région de Léhi.
10 Les habitants de Juda demandèrent : Pourquoi êtes-vous venus nous attaquer ? Ils répondirent : C’est pour capturer Samson que nous sommes venus, afin de lui rendre le mal qu’il nous a fait.
11 Alors trois mille hommes de Juda se rendirent à la caverne du rocher d’Etam et dirent à Samson : Ne sais-tu pas que les Philistins exercent leur domination sur nous ? Te rends-tu compte de ce que tu nous as fait ? Il répondit : Je les ai traités comme ils m’ont traité.
12 Mais ils reprirent : Nous sommes venus pour te ligoter et te livrer ensuite aux Philistins. Samson leur dit : Jurez-moi que vous ne me tuerez pas vous-mêmes.
13 Ils lui assurèrent : Non, nous voulons seulement te ligoter et te remettre à eux ; nous ne te ferons pas mourir. Ils le lièrent avec deux cordes neuves et le firent sortir de la grotte.
Note · Juges 15.9–13
La paix sous domination peut conduire à livrer celui qui dérange
Les hommes de Juda reconnaissent l’autorité philistine et reprochent à Samson ses conséquences pour eux. Il accepte d’être lié à condition de ne pas être tué par eux. Le récit expose la peur et les compromis du groupe sans raconter ici une solidarité nationale semblable aux mobilisations des premiers juges.
14 C’est ainsi que Samson arriva à Léhi. Les Philistins accoururent en poussant des cris de triomphe. Alors l’Esprit de l’Eternel fondit sur lui et les cordes qui liaient ses bras se déchirèrent comme si c’étaient des fils de lin brûlés. Ses liens se désagrégèrent sur ses mains.
15 Il trouva une mâchoire d’âne encore fraîche, la ramassa et s’en servit pour tuer mille hommes.
16 Puis il s’écria : Avec la mâchoire d’un âne | j’en ai fait des tas et des tas, oui, j’ai tué un millier d’hommes | avec la mâchoire d’un âne.
17 Après avoir dit cela, il jeta la mâchoire loin de lui et nomma le lieu Ramath-Léhi (la colline de la Mâchoire).
Note · Juges 15.14–17
Le chant de force ne raconte pas toute la délivrance
L’Esprit vient sur Samson, ses liens cèdent et une mâchoire devient une arme. Son bref poème célèbre le nombre des morts et joue sur le nom de l’âne. L’improvisation et l’excès appartiennent au récit ; ils ne transforment pas la violence individuelle en pratique d’évangélisation ni en preuve de maturité spirituelle.
18 Comme il avait horriblement soif, il pria l’Eternel et dit : C’est toi qui as accordé cette grande victoire à ton serviteur. Me laisseras-tu maintenant mourir de soif et tomber entre les mains de ces incirconcis ?
19 Alors Dieu fendit le rocher creux qui se trouve à Léhi, et il en jaillit de l’eau. Samson but, il reprit ses esprits et se sentit revivre. C’est pourquoi on a nommé cette source Eyn-Haqqoré (la Source de celui qui prie) ; elle existe encore aujourd’hui à Léhi.
20 Samson fut chef en Israël pendant vingt ans à l’époque où les Philistins dominaient le pays.
Note · Juges 15.18–20
Celui qui a vaincu doit encore recevoir de quoi boire
La soif atteint Samson après l’exploit. Il reconnaît la délivrance reçue et demande de ne pas mourir ; Dieu donne de l’eau. Cette vulnérabilité corrige l’image d’un héros autosuffisant. La notice de ses vingt années situe son rôle au temps des Philistins, sans annoncer la disparition définitive de leur domination.