1 Jephté, originaire de Galaad, était un guerrier valeureux. Il était le fils d’une prostituée et d’un homme appelé Galaad.
2 Lorsque la femme légitime de cet homme lui eut aussi donné des fils, et que ceux-ci furent devenus adultes, ils chassèrent Jephté du foyer en lui disant : Tu n’auras pas d’héritage chez notre père, car tu es le fils d’une autre femme !
3 Et Jephté s’enfuit loin de ses frères. Il se fixa dans la région de Tob. Bientôt, toute une bande d’aventuriers se regroupa autour de lui pour entreprendre des raids avec lui.
4 C’est à cette période que les Ammonites firent la guerre à Israël.
5 Quand ils attaquèrent les Israélites, les responsables de Galaad allèrent chercher Jephté, dans la région de Tob.
6 Ils lui dirent : Viens prendre le commandement de nos troupes pour que nous combattions les Ammonites.
7 Jephté leur répondit : Vous m’avez haï et vous m’avez chassé de chez mon père. Comment osez-vous faire appel à moi maintenant que vous êtes dans la détresse ?
8 Les responsables reprirent : C’est bien pour cela que nous revenons vers toi maintenant. Si tu viens avec nous et si tu combats les Ammonites, tu deviendras notre chef à tous et tu seras à la tête de toute la population de Galaad.
9 Soit, répliqua Jephté. Mais si vous me faites revenir pour combattre les Ammonites, et que l’Eternel me donne la victoire sur eux, je resterai votre chef.
10 Alors les responsables de Galaad lui déclarèrent : L’Eternel en est témoin ! Qu’il nous punisse si nous ne faisons pas ce que tu as dit.
11 Alors Jephté partit avec les responsables de Galaad. Le peuple le nomma chef et le mit à la tête des troupes. Jephté répéta les termes de l’accord conclu avec les responsables devant l’Eternel à Mitspa.
Note · Juges 11.1–11
L’exclu est sollicité sans que son exclusion devienne légitime
La naissance de Jephté ne constituait pas une faute personnelle. Ceux qui l’ont rejeté doivent maintenant discuter avec lui de l’autorité qu’il recevra. Le récit montre son habileté et sa mémoire de l’injustice ; il ne dit pas que la souffrance subie le rendra incapable de faire du mal à son tour.
12 Jephté envoya des messagers dire au roi des Ammonites : Qu’est-ce que tu as contre moi pour que tu viennes faire la guerre dans mon pays ?
13 Le roi des Ammonites répondit aux messagers : C’est parce que les Israélites se sont emparés de mon pays lorsqu’ils sont sortis d’Egypte. Ils m’ont pris tout le territoire situé entre la vallée de l’Arnon, le torrent du Yabboq et la vallée du Jourdain. Rends-les-moi maintenant de bon gré.
14 Jephté envoya de nouveau une délégation au roi des Ammonites
15 pour lui dire : Ainsi parle Jephté : « Israël ne s’est emparé ni du pays de Moab ni de celui des Ammonites. »
16 En effet, après avoir quitté l’Egypte, les Israélites ont traversé le désert jusqu’à la mer des Roseaux et ils sont arrivés à Qadesh.
17 Alors ils ont envoyé des messagers au roi d’Edom pour lui demander l’autorisation de traverser son pays. Mais celui-ci refusa. Après cela, ils ont fait la même demande au roi de Moab, qui refusa également. Et Israël est resté à Qadesh.
18 Par la suite, ils ont repris leur marche à travers le désert en contournant le pays d’Edom et celui de Moab. Ils sont arrivés à l’est du pays de Moab et ils ont établi leur camp de l’autre côté de l’Arnon, sans pénétrer dans le territoire de Moab dont l’Arnon constitue la frontière.
19 Alors Israël a envoyé des messagers à Sihôn, roi des Amoréens à Heshbôn, en lui faisant dire : « Permets-nous, s’il te plaît, de traverser ton pays pour arriver au lieu où nous allons. »
20 Mais Sihôn ne fit pas confiance à Israël pour lui permettre de passer sur son territoire. Il mobilisa toutes ses troupes et prit position à Yahats, puis engagea le combat contre Israël.
21 Mais l’Eternel, le Dieu d’Israël, a livré Sihôn et toute son armée aux Israélites qui les ont battus. Ainsi les Israélites ont conquis tout le pays des Amoréens qui habitaient dans cette contrée.
22 Ils ont conquis tout le territoire des Amoréens depuis l’Arnon jusqu’au torrent du Yabboq et depuis le désert jusqu’au Jourdain.
23 Maintenant que l’Eternel, le Dieu d’Israël, a enlevé leur territoire aux Amoréens et l’a donné à son peuple Israël, tu voudrais, toi, les en déposséder ?
24 Tu possèdes bien tout le territoire que ton dieu Kemosh t’a donné. Alors pourquoi ne posséderions-nous pas tout ce que l’Eternel notre Dieu nous a permis de conquérir ?
25 D’autre part, te crois-tu vraiment plus fort que Balaq, fils de Tsippor, le roi de Moab ? A-t-il jamais osé contester avec Israël ou lui faire la guerre ?
26 Cela fait trois cents ans qu’Israël est installé à Heshbôn et Aroër, et dans les villes qui en dépendent, ainsi que dans toutes les localités qui bordent l’Arnon. Pourquoi ne les leur avez-vous pas reprises pendant tout ce temps-là ?
27 Moi, je n’ai commis aucune faute contre toi, c’est toi qui agis mal en venant me faire la guerre. Que l’Eternel, le Juge, rende aujourd’hui son jugement entre les descendants d’Israël et ceux d’Ammon !
28 Mais le roi des Ammonites ne tint aucun compte du message que Jephté lui avait fait transmettre.
Note · Juges 11.12–28
Une argumentation diplomatique ne devient pas une doctrine entière de Dieu
Jephté invoque les récits de l’Exode, les frontières et la durée d’occupation. Il parle aussi de Kemosh dans un argument adressé au roi adverse. Les paroles d’un négociateur doivent être reconnues comme telles : elles ne suffisent pas à conclure que le narrateur accorde à chaque dieu national un pouvoir équivalent ni à régler un conflit territorial contemporain.
29 Alors l’Esprit de l’Eternel descendit sur Jephté. Celui-ci traversa les territoires de Galaad et de Manassé, puis il passa à Mitspé en Galaad, et de là, il s’avança pour attaquer les Ammonites.
30 Jephté fit un vœu à l’Eternel et dit : Si vraiment tu me donnes la victoire sur les Ammonites,
31 je te consacrerai et je t’offrirai en holocauste la première personne qui sortira de ma maison pour venir à ma rencontre, quand je reviendrai en vainqueur de la bataille contre les Ammonites.
32 Jephté se lança à l’attaque des Ammonites et l’Eternel lui donna la victoire sur eux.
33 Il leur infligea de lourdes pertes dans vingt bourgs situés entre Aroër et Minnith et jusqu’à la région d’Abel-Qeramim. Ce fut une très grande défaite pour les Ammonites qui furent ainsi affaiblis par les Israélites.
Note · Juges 11.29–33
La présence de l’Esprit précède une promesse que Dieu n’exige pas
Le vœu mentionne un holocauste et la sortie de la maison. La victoire est ensuite attribuée à Dieu, mais aucune parole divine n’ordonne ce vœu ni n’en réclame l’exécution. La succession des événements ne prouve pas que le sacrifice serait le prix accepté de la délivrance : le texte laisse la responsabilité de la promesse à Jephté.
34 Après la bataille, Jephté retourna chez lui à Mitspa. Et voici que sa fille sortit à sa rencontre en dansant au rythme des tambourins. C’était son unique enfant ; à part elle, il n’avait ni fils, ni fille.
35 Dès qu’il l’aperçut, il déchira ses vêtements et s’écria : Ah ! ma fille ! Tu m’accables de chagrin ! Faut-il que ce soit toi qui causes mon désespoir ! J’ai donné ma parole à l’Eternel et je ne puis revenir sur ma promesse.
36 Elle lui dit : Mon père, si tu as donné ta parole à l’Eternel, agis envers moi comme tu l’as promis, puisque l’Eternel a réglé leur compte aux Ammonites, tes ennemis.
37 Puis elle ajouta : Je ne te demande qu’une chose : Accorde-moi un délai de deux mois : j’irai avec mes amies dans les montagnes, pour y pleurer de ce qu’il me faille mourir avant d’avoir été mariée.
38 Jephté lui dit : « Va ! » et la laissa partir pour deux mois. Elle s’en alla avec ses amies sur les montagnes pour y pleurer de devoir mourir sans être mariée.
39 A la fin des deux mois, elle revint auprès de son père, et il accomplit envers sa fille, qui était vierge, le vœu qu’il avait fait. C’est là l’origine de la coutume qui s’établit en Israël :
40 chaque année les jeunes filles s’en vont pendant quatre jours pour célébrer la fille de Jephté, le Galaadite.
Note · Juges 11.34–40
La fille n’est pas responsable de la parole de son père
Jephté l’accuse de son abattement, alors qu’elle n’a pas formulé le vœu. L’accomplissement est raconté sans description du geste ; le langage de l’holocauste soutient la lecture d’une mise à mort, tandis qu’une autre lecture propose une consécration sans mariage. Cette seconde interprétation ne doit pas être présentée comme certaine. Dans l’ensemble biblique, Deutéronome 12.31 condamne le sacrifice des enfants : une promesse religieuse ne légitime pas leur destruction.